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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 00:03
Kunming. Yunnan. Au bord du Lac Emeraude. 1er Janvier  2012. © Jean-Louis Crimon

Kunming. Yunnan. Au bord du Lac Emeraude. 1er Janvier 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher... infatigable bourlingueur,

 

Dimanche 1er janvier. Premier jour de l'année. Près de Kunming. Dans le Yunnan. Tout au Sud. Au dessus du Laos et du Vietnam. Fin de journée. Une journée printanière. Kunming que tous ici appellent  la ville du printemps éternel. Rituel annuel, les Chinois sont allés, en famille, admirer cette montagne étrange qui a la forme d'une femme géante, allongée mollement au bord de l'eau. Balade incontournable. La longue et belle déesse est nue. Ses seins tutoient le ciel. La montagne semble se coucher doucement dans l'eau du Lac. Nul ne sait quel géant de terre et de pierres a poussé au fond de l'eau si belle créature. On dit qu'elle a survécu. Qu'elle s'est métamorphosée en montagne langoureuse pour ne jamais cesser d'être amoureuse.

Au bord du Lac Emeraude, tu pars en maraude. Comme photographe, tu n'es pas un chasseur. Plutôt un guetteur. Guetteur d'instant. Tout le temps.     

Vrais mariés ou simples mariés de pub, ils terminent près du lac leur séance photo. Shengbin et Shanshan, mes deux guides, deux étudiants de 4ème année, sont fatigués d'avoir trop marché. Ils cherchent un banc. La batterie de ton petit Nikon est à plat. Tu as trop photographié. Shengbin te propose gentiment son appareil. Tu dis non. Tu n'oses pas. Un appareil, c'est personnel. Ton ami Chinois voit ton désarroi. Il insiste. Cette fois, tu lui dis... oui

Cette photo, tu la lui dois. Sans lui, sans Shengbin, sans son boitier, elle n'existerait pas. Cette photo, elle te fait penser à une photo de Guy Le Querrec. Une mariée à la traîne, et sa traîne que le vent entraîne. Une photo des années 70. Superbe. Prise, tu penses, devant un commissariat. Si ton souvenir n'est pas trop flou. Ou trop faux. Parfois tes souvenirs te trahissent.

Ta mariée à toi fait face au Lac Emeraude. Le marié s'est éloigné. Les photographes aussi. Il ne se passe rien. Plus rien. Tu regrettes de ne pas avoir dit oui à Shengbin plus tôt. Beaucoup plus tôt. Dommage.

 

Soudain, comme en voix off, ce geste adorable de la mariée: du bras gauche, légèreté exquise, elle soulève le bas de sa robe...

 

Tu l'as, ta photo.    

 

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