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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 00:02
Picardie. Contay. Cimetière anglais. Laveurs de stèles. 1969. © Marie-Christine Crimon

Picardie. Contay. Cimetière anglais. Laveurs de stèles. 1969. © Marie-Christine Crimon

Cher fils... éternellement fils, même devenu père, toi aussi,

 

 

Lundi 16 Mai 16, tu penses à ton père, au temps où avec lui, après sa journée de travail, au cimetière anglais, vous faisiez le tour du village, en quête de travaux à faire. Ton père était jardinier. Le meilleur bêcheur à la ronde. Tous le savaient. Un jardin à faire, on lui faisait signe. Chaque soir de la semaine, il y avait un jardin différent à entretenir. Celui de l'Instituteur. Celui du Curé. Celui de la Tante Laure. Celui du Père Delacroix. Ne restait que le dimanche, pour votre jardin à vous.

Tu relis Verlaine avant-centre. Chapitre 10. Page 117. Tu adores ce passage :

 

"Mon père pince la corde du cordeau comme une corde de guitare. Il tend l'oreille, écoute le son de la corde. Si l'accord est parfait, la corde bien tendue, on peut tracer la route, puis semer. Mon père laisse glisser les graines entre le pouce et l'index. Il ne faut pas semer trop dru. Mon père le sait. Il dit: qui sème trop dru récolte menu. Ensuite, on dame le sol avec le dos du râteau. Ça dessine de petits traits verticaux tout au long de la ligne semée. C'est beau à regarder comme un tableau de peintre abstrait. Un tableau peint au cordeau et au râteau, à même la terre. Dieu, s'il existe, sûr, c'est un esthète qui apprécie la peinture de mon père. En fait, mon père ne jardine que pour exposer les oeuvres qu'il ne prend pas le temps de peindre sur la toile et qu'il crée à fleur de terre, l'espace d'un dimanche matin, juste avant la messe."

 

Lundi 16 Mai 16. Tu penses aux absents. Tu penses à ton père. 94 ans aujourd'hui, et déjà 15 ans sous terre. Tu te demandes pourquoi, une fois mort, on ne se souhaite plus les anniversaires. Pourquoi on n'ose pas. Les vivants, même bons vivants, ne doivent pas oublier les absents. Doivent au contraire les associer, le plus souvent, à la vie qui continue, sans eux. C'est important. Pour eux. Pour eux, les absents. Pour les garder vivants. C'est important pour nous. Pour nous, les vivants. Pour ne pas laisser nos coeurs se transformer en coeurs.. morts.

Ce matin, toi, tu sais que tu vas dire: Bon anniversaire, mon père. Tu relis Verlaine avant-centre. Dans ce petit roman, ton père est... vivant. Eternellement.

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