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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 00:01
Contay. Peupliers de Mars. 2009. © Jean-Louis Crimon

Contay. Peupliers de Mars. 2009. © Jean-Louis Crimon

Cher incorrigible rêveur,

 

Tu relis I remember de Joe Brainard. Brainard est l'inspirateur de Perec. C'est Joe Brainard, le premier, qui invente cette conjugaison de souvenirs insolites ou insolents. Joe Brainard, plasticien Américain, né en 1941, dans l'Arkansas, s'installe à New-York, au début des années soixante. Il publie ses premiers I Remember en 1970. Il récidive deux ans plus tard avec I Remember More. Pour publier, en 1973, un troisième recueil, au titre sans ambiguité, More I Remember More.

Quand, en 1978, parait le Je me souviens de Georges Perec, sont peu nombreux à souligner que Perec n'est pas le premier à avoir recours à ce procédé littéraire particulier. Cette façon inattendue de convoquer et de conjuguer des souvenirs, façon basée sur la répétition fascinante et lancinante, du I remember. Pourtant Perec a, d'entrée, cité ses sources et acquitté les droits d'auteur :"Le titre, la forme, et dans une certaine mesure, l'esprit de ces textes s'inspirent des I remember de Joe Brainard." Clair et précis. C'est dit.

 

Prenant, un jour des années quatre-vingts, le contre-pied de Perec, tu te mets à écrire, non pas des "Je me souviens", trop nostalgiques ou passéistes à ton goût, mais plutôt, - engagement sublime d'un enfant qui tutoie sa vie devant, sa vie à venir, son a/venir - des "Je n'oublierai jamais". Recueil de promesses à toi-même, au temps de tes 9 ou 10 ans. Instants de vie fixés avec des mots, à défaut d'appareil photo. Très tôt, tu fais des photos avec tes yeux. Sans appareil. Sans boîtier. Tu t'inventes L'oeil photographe. Ton écriture est née à ce moment-là.

 

Te reviennent souvent en mémoire quelques uns de tes préférés :

 

Je n'oublierai jamais la chanson du vent dans les feuilles des grands peupliers de la prairie d'en face.

Je n'oublierai jamais les branches des saules pleureurs qui dessinent l'eau de la rivière.

Je n'oublierai jamais ce moment bizarre du soir quand la lumière indique le retour des beaux jours.

Je n'oublierai jamais la douceur de la pluie, les soirs d'été, quand mon père dit : la terre a soif. 

 

Aujourd'hui encore, tu trouves ça très beau. Les mots. Le principe. Le rythme. La musique. Sont vraiment beaux tes Je n'oublierai jamais. Un jour, c'est sûr, tu te mettras à en écrire de nouveaux.

 

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