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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 00:01
Contay. Cimetière catholique. Mars 2009. © Jean-Louis Crimon

Contay. Cimetière catholique. Mars 2009. © Jean-Louis Crimon

 

Cher Contaysien,

 

Toi, tu parles aux oiseaux du bord de l'eau. Tu connais les accents de la rivière. Tu sais le sens du vent. La course des nuages. L'heure de la pluie. Tu marches tard dans le soir, sans jamais t'asseoir. Tu n'as pas peur du noir. La nuit, tu me l'as dit, est ton amie. Tu étudies les mots du silence pour en traduire le sens. Tu n'as peur, ni de la solitude, ni de l'absence. On n'est jamais seul quand on seul avec soi-même. La porte du cimetière donne sur les champs. Les paysans ont mis le feu à l'herbe sèche des talus. Tu sens l'odeur âcre de la fumée de mars. Les giboulées vont venir ponctuer l'écriture du printemps. Mettre un point final à l'hiver. Tu entends déjà la musique des feuilles des arbres, quand le vent joue de l'harmonica dans les branches qui grincent pour ne pas pleurer. Les larmes, ça attire la pluie. Tu ne ressens jamais aucune fatigue, aucune douleur. Tu n'as jamais mal aux pieds, mal au dos, mal aux dents, ou si tu as mal, tu ne te plains pas. Se plaindre, c'est mal, se plaindre ce n'est pas normal: on ne se plaint pas d'être vivant. Les morts n'ont plus mal aux dents.

Toi, tu rêves et tu dérives, et tes rêves à la dérive, tu t'en vas dire: j'arrive, quand on t'appelle de l'autre côté de la rive. Tu dis parfois: " il pleut dans ma tête" ou "j'écoute le silence de l'eau". Tu dis que tu as le même arbre généalogique que la pierre. Tu parles de ta soeur la pluie. Tu voudrais laisser des messages aux générations futures. Tu dis qu'un écrivain, c'est un pêcheur à la ligne. Il amorce, il lance ses gaules et il attend que ça morde. Tu prétends que les mots sont des poissons d'argent et pourtant tu dis: " le silence est d'or". Tu n'as pas ta langue dans ta poche. Tu dis: les idées, c'est comme les chaussures, celles qui ne sont pas à votre pointure risquent de vous empêcher de marcher. Une autre voix de toi-même te répond: un penseur est un va-nu-pieds. Tu t'inventes des titres impossibles pour des livres que tu n'écriras jamais. Voyage au bout de l'ennui et Rêveries du promeneur solidaire sont tes deux préférés. Tes dernières trouvailles. Pour l'instant.

Comme à la fin du TRE de Spinoza, tu pourrais écrire... Le reste manque.

 

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