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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 00:01
Paris. L'œil de l'arbre. 22 juin 2014. © Jean-Louis Crimon

Paris. L'œil de l'arbre. 22 juin 2014. © Jean-Louis Crimon

Cher plumitif qui te crois romancier,

 

- Trois ans que tu n'as rien écrit !

La remarque dépasse l'ordre du constat. Le ton surtout souligne une certaine déception. Avec, à l'intérieur, comme un soupçon de reproche. Tu as dû répondre : Trois ans que je n'ai rien... publié ! En décomposant bien les trois syllabes du dernier mot : pu...bli...ié.

Ton éditeur a souri. De ce sourire qu'il a quand il ne te croit pas. Tu as aligné les titres et les genres: Femme fatale, nouvelles, Journal du Bouquiniste, Chroniques, Voix en impasse, poèmes, et Crimages, livre de photographies. Cris + Images = Crimages. Tes photos sont des cris. Cris d'amour. Cris d'humour. Cris de joie. Cris de peur. Cris de détresse. Cris de tendresse...

 

- Tu me montres ça quand ?

- Dès demain, si tu veux !

 

Ton éditeur s'est fait silencieux. A fait tourner longuement sa cuillère dans la tasse. Rituel matinal du café en terrasse. 

Ensuite vous avez parlé "photo". Le fait que, ces dernières années, tu te sois remis à la photographie, l'intrigue. Ton éditeur pense que les photos ne sont pas compatibles avec les mots.

Il a peut-être raison, mais tu n'es pas d'accord avec lui. Du reste, vous êtes rarement d'accord. En fait, vous êtes d'accord sur l'essentiel, mais vous vous accrochez souvent sur des questions de détails. Enfin, détails, pour lui. Pour toi, ce sont des choses fondamentales. Des questions de sons, de musique. Toi, tu écris avec la voix. Flaubert avait bien son "gueuloir". Dans la phrase, dans "ta" phrase, c'est la voix qui crée le rythme, la petite musique de l'auteur. Ecrire, pour toi, dès le départ, c'est d'abord une mise en voix.

 

Dans ton troisième roman, Oublie pas 36, publié en 2006, ton éditeur avait pris la liberté de modifier une de tes phrases. Sans même t'en informer. Tu ne t'en es rendu compte qu'une fois le livre imprimé. Tu ne lui en as jamais parlé, mais ça t'a fortement déplu. La phrase était devenue: Au loin, la Suède dans une brume bleutée.

Ta phrase à toi, c'était: Au loin, la Suède, dans une belle brume bleue.

 

Tu n'aimes pas la sonorité en "tée" du mot "bleutée", ça ponctue bizzarement. Surtout, ça tue la mélodie de la chanson de ta douce et belle allitération "belle brume bleue". Casse aussi la rime avec la phrase qui suit : Je suis à la fois triste et heureux.

 

- Pour la photo, tu le sais, ton éditeur est très sceptique sur la valeur de tes images. Dommage. tu as reçu, il y a peu, de la part d'un grand photographe, le plus beau des compliments. Après avoir longuement regardé ton travail, il t'a dit : toi, tu écris avec les yeux.

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