Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 00:01
Amiens. 21 Septembre 2015. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 21 Septembre 2015. © Jean-Louis Crimon

Mon frère,

N'oublie pas ton beau projet "Balayeurs de tous les Pays" ! Quatre ans que tu parles de cette belle idée de livre. Née, vraiment, en Chine, à Chengdu, Sichuan, Septembre 2011. Des balayeuses et des balayeurs, tu en as croisé sur ton chemin de photographe, dès le début des années 70. Mais sans avoir conscience de leur importance et de leur rôle. Quatre ans que tu photographies systématiquement, méthodiquement, les hommes, les femmes, les attitudes, les gestes, les outils. Plus de 2000 photos déjà. Chengdu, Pékin, Shanghai, Oulan-Bator, Paris, Montréal, Québec, Saint-Malo, Amiens, Cannes, Rome, Copenhague, Glasgow, Londres, Oslo... Serait temps de penser à faire des choix. A choisir 200 photos sur les 2000, puis 100 simplement. Inutile de te dire qu'il te manque les balayeurs d'Amérique du Sud, du Brésil et du Chili, les balayeurs des Etats-Unis, de Cuba ou du Mexique, les balayeurs de Russie ou les balayeurs des Emirats, les balayeurs du Vietnam et du Cambodge... Tu n'as plus tant d'années devant toi pour réussir ce tour du monde des balayeurs. Concrétise déjà avec ce que tu as. Do it. Now. Ne joue pas les mañana...

C'est le geste du balayeur qui te fascine. Quelle qu'en soit l'heure. Le lieu. La ville ou le pays. Le moment. Soir qui tombe, fin de journée ou plein midi. Tu aimes ce geste-là parce qu'il te rappelle la présence de ton jardinier de père. Tu n'as aucune photo de lui, un balai à la main. Ce projet, c'est un hommage au père. Dans sa vie de jardinier, il en a donné des coups de balai, ton père. Feuilles mortes ou poussière. Eté, printemps, automne, hiver. En toute saison, son balai avait raison. N'a jamais lésiné. Chaque jour de sa vie. Pas un jour sans un coup de balai. La cour, côté jardin. Le trottoir, côté rue. Impeccable. Fallait que ce soit impeccable. Impeccable. Nickel. Ses deux mots préférés. Pour parler de ces choses essentielles à ses yeux.

Toi, dans ta tête d'enfant, tu imagines qu'il balayait aussi les jours au calendrier. Pour que le temps passe plus vite. Hop, un coup de balai sur aujourd'hui pour qu'il se nomme hier. Hop, déjà se pointe demain pour balayer les soucis d'aujourd'hui. Hop, demain effacé en un tour de main. Dans tes conjugaisons enfantines, les éléments aussi étaient de la partie. Le vent balaie la campagne. Le ciel balaie les nuages. La pluie balaie la poussière.

Aujourd'hui encore, avec toutes ces années amoncelées, il y a toujours un coup de balai à donner quelque part. Le balai Aujourd'hui efface toujours Hier. Rien à faire, il y a toujours quelque chose à faire. Dernier balayage du soir. Déjà pointe le premier coup de balai de demain matin.

Seule différence : s'est enfui à tout jamais le temps de la belle enfance. Ton père a changé de destin. Il s'est absenté. Pour toujours, disent les gens. Tu n'en crois rien.

Toi, tu penses qu'il balaie l'envers des nuages.

Partager cet article

Repost 0
Published by crimonjournaldubouquiniste
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de crimonjournaldubouquiniste
  • Le blog de crimonjournaldubouquiniste
  • : Journal d'un bouquiniste curieux de tout, spécialiste en rien, rêveur éternel et cracheur de mots, à la manière des cracheurs de feu !
  • Contact

Recherche

Liens